Visite de l'exposition

L’artiste argentin Leandro Erlich propose une expérience qui bouscule la perception du réel. Ses œuvres, présentées sous la forme d’un parcours de 14 installations monumentales, transforment l’espace en terrain d’expérimentation à la fois visuelle et physique.

Leandro Erlich, 53 ans, se définit comme « un artiste conceptuel travaillant à la frontière du réel et de la perception ». Il explique concevoir des « œuvres qui n’existent que par les visiteurs », son travail tire sa force de sa relation avec le public. L’exposition permet d’approcher de façon très complète son travail et ses objectifs. De splendides maquettes, souvent animées, retracent son parcours créatif  dans le monde entier et quatorze installations immersives, invitent les visiteurs-acteurs à prendre possession des œuvres.

Les situations et les objets semblent d’abord familiers, mais se révèlent dans un second temps étranges  troublants. Chaque installation repose sur des effets d’illusion, de miroir et de perspective. Rien n’est caché, les mécanismes sont visibles. Le visiteur peut comprendre, tester et entrer dans les œuvres.

Dès le départ de l’exposition, des bateaux oscillent doucement sur l’eau (« Port of Reflections« , 2014), c’est hypnotique, reposant, mais « en vrai », il n’y  a pas d’eau !  On passe d’un escalier trop banal pour être réel  à des ascenseurs dont la porte palière s’ouvre et se ferme dévoilant à chaque fois des passagers différents, plus vrais que nature… ou encore des cabines d’essayage (« Changing Rooms », 2008) où l’on voit dans le miroir, soit son propre reflet, soit celui du voisin ou de la voisine de cabine. Une belle cage d’escalier basculée sur le côté rencontre un vif succès (« Infinite Staircase ») : à l’infini, il est possible de voir les étages comme si l’on se penchait par dessus la rampe. C’est vertigineux et l’on perd ses repères de l’escalier qui doit monter et descendre. La dernière installation immersive ferme l’exposition avec beaucoup de succès.  Cette installation a été créée en 2004 pour la Nuit Blanche à Paris (« Bâtiment », 2004« ). Depuis, elle a été déclinée dans le monde entier, en s’adaptant aux caractéristiques de l’architecture locale. Une façade de bâtiment posée à plat sous un miroir suspendu à 45 degrés, bien visible quand on lève la tête. Les visiteurs sont invités à marcher et à s’installer par terre. Ils s’accrochent à la gouttière, prennent des positions acrobatiques… Voir le résultat sur le grand miroir est d’un effet incroyable ! L’idée est simple mais il fallait y penser et la réaliser en produisant une véritable architecture.

Ce n’est pas seulement une exposition ludique avec des installations immersives, au milieu, il y a tout un espace passionnant,  la« Documentation room«   qui présente à l’aide de maquettes, de photos et de vidéos, les créations urbaines de Leandro Erlich, plus de 40 œuvres disséminées dans le monde entier. Cela permet de comprendre les objectifs et engagements qu’il y a derrière les oeuvres, le processus créatif et la  recherche d’interaction humaine dans le public et finalement la réalisation concrète.