Le Palais Galliera (Paris 16e) conserve près de 200.000 œuvres (vêtements, accessoires, photographies, dessins…), ses collections sont le reflet des codes de l’habillement en France, du XVIIIe à nos jours. Des expositions y sont régulièrement programmées.
Du 13 décembre 2025 au 18 octobre 2026 au Palais Galliera – Paris 16e
TISSER, BRODER, SUBLIMER. LES SAVOIR-FAIRE DE LA MODE
Une belle exposition à découvrir.
Visite
La fleur comme motif et ornement
Dès l’entrée de l’exposition le visiteur découvre de nombreuses robes avec des fleurs : imprimées, tissées ou brodées…
Omniprésent, le motif floral ne concerne pas que les vêtements féminins. « L’ensemble veste, chemise, pantalon, cravate et chaussures de la collection ‘ Révolution ‘ Automne-hiver 2001-2002 » de Walter Van Beirendonck en offre un exemple saisissant. La chemise et la très large cravate en coton imprimé de motifs floraux aux couleurs contrastées affichent une subversion joyeuse.
Tenues de jour, robes du soir, robes de chambre, manteaux n’échappent pas à la décoration florale depuis le XVIIIe siècle. On peut admirer l’Ensemble robe et boléro du soir » de Cristobal Balenciaga, aux couleurs vives et motifs abondants ou encore la « traîne de manteau de cour » ayant appartenu à Marie-Louise de couleur pourpre et décorée de fleurs stylisées.
Le raffinement floral apparaît aussi sur les accessoires tels que les pochettes, les gants, les bottines, les escarpins. La fleur artificielle a joué un rôle en garnissant les robes et les chapeaux comme le montre « La parure de mariée composée d’une couronne, et de garniture, 1905 ».
Le tissage : créer le motif dans la matière
Les compositions florales peuvent être obtenues par la technique du tissage. Le métier Jacquard inventé en 1801 a contribué à faciliter la réalisation de motifs floraux. Des rubans de taffetas de soie à décor broché de fil de soie présentent des motifs complexes. La « Paire de bottines » de Dries Van Noten en collaboration avec Christian Lacroix est réalisée à partir d’un taffetas de soie brochée à décors de fleurs non réalistes. « La veste d’homme à manche, 1730-1740 » répond au goût pour les fleurs de la nature du siècle des Lumières.
La broderie : fixer, enrichir, raconter
Technique plurimillénaire, elle permet de fixer fils et élément décoratifs avec une aiguille traversant la matière. Elle nécessite au préalable l’élaboration d’un motif tel qu’on peut l’observer sur les « Projets de placement de broderies sur gilet, vers 1785, Gouache sur carton ». La broderie s’inspire souvent d’œuvres d’art comme « La veste Boticelli 1924 » de Paul Poiret avec son décor floral brodé évoquant la composition du Printemps du peintre Boticelli.
« L’ensemble veste et pantalon » de Givenchy par Alexander McQueen affiche la confusion des genres : Le placement de la broderie tel qu’il était fait sur les gilets et habits d’hommes du XVIIIe siècle est répliqué sur cet ensemble pour femme.
La broderie permet aussi d’intégrer paillettes, perles, petits cabochons comme sur « la Pochette de mariage Bridal clutch 1765-1775 ». Le perlage « au sablé » est un exemple de technique qui consiste à fixer des perles miniatures par un point de feston.
La dentelle florale : transparence et sophistication
Née à Chantilly, la dentelle a connu un essor grâce aux progrès techniques et mécaniques. Elle pare les châles, robes, éventails, coiffure avec des motifs floraux. Tandis que la dentelle est juxtaposée à une base d’étoffe blanche dans la robe de Cristobal Balenciaga (1961), la dentelle noire fine, florale de l’iconique guêpière (1943) de Marcel Rochas permet quant à elle un jeu de transparence.
Galerie des métiers : au cœur des savoir-faire
Cette galerie porte de manière détaillée sur les métiers de la mode tels que la broderie, la fabrication du tissu, le dessin textile, la dentellerie, la création des boutons, des parures… Certains artistes ont fondé leur maison ou leur atelier. On peut citer, par exemple, la maison Vermeulen dans le domaine de la plumasserie. D’autres artistes comme Andrée Brossin de Méré, spécialisée dans le dessin textile, ont travaillé en étroite collaboration avec des spécialistes du tissu comme la maison Bucol. La maison Desrues reconnue pour ses boutons et bijoux a été sollicitée par Gabrielle Chanel. François Hugo a également été un artiste au service du bouton.
On remarque l’ensemble corsage, jupe et ceinture Soleil de Christian Dior Haute couture, printemps été 1952 qui témoigne du savoir-faire de Costa pour le tissu, et d’Andrée Brossin de Méré pour le dessin textile. Yves Saint Laurent a également fait appel à Andrée Brossin de Méré pour l’ensemble corsage, jupe, ceinture et écharpe ayant appartenu à la duchesse de Windsor (Haute couture, printemps été 1969).
C’est vraiment une belle exposition à voir. De plus, elle met en lumière les auteurs de ces savoir-faire, auteurs souvent oubliés derrière les noms prestigieux des grands couturiers.
Rédaction Annick C. , février 2026






