Visite de l'exposition

Le paysage en tant que portrait d’une époque 

La très riche exposition s’ouvre sur des panneaux explicatifs de la vie de Paul Huet (1803-1869) retraçant son parcours en tant qu’artiste, mais aussi ses relations avec les peintres de son époque. On y apprend notamment qu’il admirait autant Ingres et Delacroix, que les Anglais Constable et Turner. Pour un musée exigu comme celui-ci, la scénographie y est plutôt remarquable. Ainsi, la couleur des murs sur lesquels sont accrochés les tableaux a été bien pensée : un bleu profond pour rappeler le ciel, un vert acidulé pour l’abondante végétation qui habite les œuvres des artistes…

Chez Paul Huet, le ciel occupe toujours une place centrale, le regard y est inexorablement attiré et ce même s’il ne recouvre pas la majeure partie de la toile. Les pointes de bleu d’un ciel timide associé au jeu de transparence et d’ombre des nuages dans Vue générale de Rouen, prise du Mont-aux-Malades (1831), la lumière aveuglante d’un soleil presque menaçant dans Vue d’Avignon, prise du côté Nord, sur la rive gauche du Rhône (1842) ou encore le ciel chargé annonçant l’orage dans Le gouffre (1861), ancrent les tableaux de Huet dans le réel, si bien que l’on s’y croirait transporté.

Entre tons pastels et couleurs profondes, le visiteur découvre aussi bien le style affirmé de Paul Huet que les prouesses de ses contemporains. Parmi les plus notables, on peut retrouver Paysage d’Écosse (1826) de Jean-Bruno Gassies, Le Tombeau de Werther, Effet de nuit (1833) de Jean-Baptiste Deperthes, mais aussi Moulins à Montmartre (1830) de Georges Michel.

En plus de la peinture, Paul Huet s’essayait également à d’autres techniques dont l’eau forte sur papier, un procédé complexe de gravure en taille-douce où l’estampe se révèle grâce à un acide liquide. Reconnu pour sa maîtrise du procédé, Huet l’utilise pour exprimer des émotions contrastées et représenter une vision encore plus personnelle de la nature comme dans Les deux chaumières (1833).

Enfin, l’exposition permet aux visiteurs d’établir une nouvelle fois les liens étroits qu’entretiennent les divers domaines de l’art : poésie, littérature et peinture se tutoient sur les œuvres de Paul Huet. Le rôle prépondérant des journalistes dans la carrière des artistes est également souligné de nombreuses fois, et l’on retrouve plusieurs de leurs critiques, positives ou à charge, sur les textes muraux.

Commissariat scientifique : Gaëlle Rio, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée de la Vie romantique et Dominique Lobstein, historien de l’art.

Mars 2026, Lili Tibi.

Face au ciel, Paul Huet en son temps