De l’hébreu nabi pour prophète, les artistes adhérant au mouvement des Nabis revendiquent en premier lieu une ouverture de tous les domaines de la création, pour faire émerger les arts dans la vie quotidienne. Ainsi de 1890 à 1900, ils vont œuvrer pour abolir les frontières entre les beaux arts et les arts décoratifs, et tenter d’amener les arts graphiques dans les intérieurs, la rue, les murs des villes, etc.
Riche de plus de deux cents pièces issues des collections de la BnF et de prêts d’institutions françaises et étrangères, telles que le musée d’Orsay, le musée des Beaux-arts de Quimper ou le musée Van Gogh d’Amsterdam, l’exposition montre la multiplicité des techniques plébiscitées par les Nabis.
Au sein des galeries Mansart et Pigot, l’exposition est tout en longueur et organisée par artiste et format. Avec des explications détaillées sur les techniques employées par les Nabis, elle permet une entrée en matière éclairée et une meilleure compréhension des œuvres exposées. Le visiteur découvre ensuite différentes pièces aux supports multiples et variés : catalogues d’exposition, dépliants de programme, partitions de musique, affiches de cabarets ou encore illustrations de poèmes. Cette diversité d’œuvres dévoile la volonté des artistes de permettre au beau de se frayer une place dans la vie quotidienne, pour que les arts côtoient les objets de tous les jours.
Ainsi les étapes de la vie deviennent des sujets d’étude pour Félix Vallotton avec sa série Intimités (1898), qui tend à représenter les vagues de la vie d’un couple soumis à l’étiquette bourgeoise de son époque. Tout comme les rues du quotidien deviennent les décors des lithographies de Pierre Bonnard dans Quelques aspects de la vie de Paris (1898). De son côté Maurice Denis redonne un peu de merveilleux à cet acte si universel, mais magique, qu’est “tomber amoureux”. Toute en légèreté et transparence, sa planche lithographique Amour (1897-1899) se pare de notes intimes écrites par l’artiste lui-même, conférant un caractère onirique, presque religieux, au sujet traité.
Avec une gamme chromatique assumée et des mises en scènes uniques, les Nabis, soutenus par de nombreux partenaires de confiance que sont l’imprimeur Auguste Clot et l’éditeur Ambroise Vollard, ont réussi à légitimer l’estampe de peintre et ont ainsi obtenu l’avènement du peintre-graveur au tournant du XXème siècle.
Commissariat : Céline Chicha-Castex, conservatrice chargée des estampes du XXe siècle au département des Estampes et de la photographie de la BnF, Valérie Sueur-Hermel, conservatrice chargée des estampes du XIXe siècle au département des Estampes et de la photographie de la BnF.
Rédaction Lili Tibi.
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