Visite de l'exposition

L’exposition Eva Gonzalès – Parcours d’une artiste libre, au Petit Palais est organisée en collaboration avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam.

Première rétrospective consacrée à l’artiste, l’exposition est axée sur l’émancipation d’Eva Gonzalès (1847-1883), à une époque où le monde de l’art commençait à peine à reconnaître le talent artistique des femmes. Avec près d’une centaine d’œuvres rassemblées, on découvre une jeune artiste décidée au style défini, dont la vie s’est arrêtée brutalement à l’âge de 36 ans, quelques jours après la mort de son ami Édouard Manet et la naissance de son unique fils.

Présentées par ordre chronologique, les œuvres permettent au visiteur de découvrir les débuts et l’ascension d’Eva Gonzalès. Issue d’une bourgeoisie cultivée, elle a bénéficié d’un cadre propice à son épanouissement personnel et à la poursuite d’une carrière artistique, encouragée notamment par son père Emmanuel Gonzales, journaliste et homme de lettres, et sa mère Célina Ragut, musicienne.

Unique élève officielle d’Édouard Manet, Eva Gonzalès a d’abord intégré l’atelier du peintre Charles Chaplin en 1866. Ces deux figures seront déterminantes dans son parcours, et essentielles dans le développement de son style et de sa technique. Alors qu’elle ne représente presque strictement que des femmes, Gonzales semble ainsi entourée d’hommes qui l’ont guidée, aidée, accompagnée, et qui ont sans doute contribué à son succès dans un monde encore hermétique à la réussite des femmes.

Ancrées dans son quotidien, les portraits de l’artiste sont délicats, fins et habités par des personnages qui semblent vivants, comme dans La plante favorite (1871-1872) où le cadre resserré et le mouvement de la figure centrale donnent l’impression d’un plan de cinéma. Figure centrale occupée par sa soeur, Jeanne, qui fut modèle pour nombre de ses peintures et se retrouve ainsi femme au spectacle (Une loge aux Italiens, 1874), à l’avant-garde de la mode (Portrait de Jeanne Gonzalès, 1870-1872) ou bien à sa toilette (La Matinée rose, 1874), ou encore Parisienne élégante (La Femme en bleu, 1871-1872).

Le talent d’Eva Gonzalès se mesure également dans sa capacité à capturer et reproduire des émotions complexes. Avec La Psyché (1868), elle entend représenter les femmes dans une intimité qu’on ne leur connaît pas habituellement, avec une femme, aux traits à peine perceptibles, qui s’observe dans un miroir, et porte un jupon de robe qui engloutit sa silhouette. On ne sait pas qui est cette femme, si elle est triste ou heureuse, ni exactement ce qu’elle fait, et cela confère au tableau un sentiment de flottement et au visiteur l’impression d’être voyeur.

À l’inverse, avec sa toile Le Réveil (1877), Eva Gonzalès nous invite à regarder et à nous attarder sur les courbes de cette jeune femme qui se languit dans son lit. Doux, intime, joueur, ce tableau est une prouesse, par la maîtrise des multiples nuances de blanc, par la transparence du baldaquin et le drapé des tissus. C’est aussi une des rares occasions où l’on peut distinguer clairement et en entier le visage apaisé de Jeanne, qui d’habitude arbore une expression plus neutre, voire renfermée.

L’exposition est également ponctuée de peintures réalisées par Manet, Portrait d’Eva Gonzalès (1870) ou Chaplin, Le Rêve (1857), mais aussi des gravures et autres œuvres de son mari Henri Guérard qui l’a soutenue, comme une série d’éventails peints en 1890. Ainsi sont présents par leurs oeuvres les hommes de sa vie qui n’ont eu que très peu de place dans les tableaux d’Eva Gonzalès, où les figures féminines étaient majoritaires.

Commissariat : Annick Lemoine, présidente de l’établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie, ancienne directrice du Petit Palais

Commissariat scientifique : Stéphanie Cantarutti, conservatrice en chef du patrimoine, département des peintures modernes, Petit Palais, et Fleur Roos Rosa de Carvalho, conservatrice en chef, responsable des arts graphiques, Van Gogh Museum, Amsterdam.

Rédaction : Lili Tibi, Octobre 2026

Eva Gonzalès – Parcours d’une artiste libre