Visite de l'exposition

L’exposition consacrée à l’artiste israélienne Noa Eshkol présente sa double carrière artistique, d’abord pionnière de la danse moderne et chorégraphe, elle fut aussi une artiste textile prolifique, connue pour ses tapisseries murales.

Danseuse et chorégraphe, Noa Eshkol occupe une place importante dans la danse moderne en Israël. De retour en Israël en 1951, elle fonde sa compagnie. Ses chorégraphies sont construites comme des suites rigoureuses, avec un dispositif minimal — lumière neutre, costumes noirs, accompagnement au métronome — pour révéler la précision des séquences de mouvement.
A partir de 1954, Noa Eshkol développe avec Avraham Wachman un système de notation permettant de transcrire le mouvement.  Il repose sur la division du corps en segments autonomes et permet l’écriture de tout mouvement animal ou humain. Des silhouettes de position permettent de visualiser la division du corps en vingt segments pensés comme des instruments autonomes. L’étude du mouvement est aussi représentée par des modèles d’orbite. Noa Eshkol utilisait en effet des sphères métalliques pour visualiser les angles de rotation. Différents schémas présentés dans l’exposition renseignent sur le principe de l’élaboration de cette notation. En particulier, le schéma « le système de référence d’un bras et d’une jambe 1950-1958 » montre que chaque mouvement des membres est circulaire et s’inscrit dans la danse.
Le musée offre un espace de médiation où le visiteur peut danser et reproduire les mouvements présentés sur un écran selon les chorégraphies de Noa Eshkol.

Le déclenchement de la guerre du Kippour en octobre 1973 a été un évènement déclencheur dans le changement d’activité de Noa Eshkol. Elle s’est alors lancée dans l’activité textile et la création de tapis muraux.
De nombreuses tentures illustrent son talent dans ce domaine. « Very orange tree, 1992 » est un tapis mural monumental construit par fragments où l’artiste a utilisé des formes géométriques. Il rappelle la pratique de la notation du mouvement.
L’artiste se laissait guider par l’improvisation : « Grottes dans les montagnes, 1996 » est un exemple d’assemblage effectué avec une grande liberté.
Sa seule règle était d’utiliser des chutes de tissus et des rebuts sans jamais les retailler. Elle s’autorisait à découdre les vêtements usagés pour introduire certaines pièces dans ses compositions, poches, manches ou volant comme dans « Noce arabe, 1980 ».
On retrouve dans ses œuvres une dimension éthique et esthétique du réemploi.
Le tapis « Vase palestinien à une fenêtre 1999 » fait à partir de matériaux ordinaires trouvés au hasard présente un caractère d’objet trouvé.

L’abstraction est très présente dans les tapis de Noa Eshkol. « La mer de la reine de Saba, 1982 » présente une forme d’abstraction où la peinture occupe tout l’espace.
L’abstraction n’est cependant pas toujours exclusive et oscille entre nature morte et paysage : « le désert de Judée, 1987 » avec les tonalités de jaune rappellent la lumière du désert de Judée.
« Portrait of King Shaul, 1978 » est un des rares tapis muraux évoquant une figure humaine.

Parmi le vaste corpus de tapis muraux, le visiteur est invité à observer le « Paon, années 1980 » . Dans l’espace de médiation, il peut en reconstituer la composition en choisissant des fragments aimantés à placer sur un mur où figure l’image modèle.
La posture des oiseaux a été une grande inspiration pour Noa Eshkol, aussi bien dans le domaine de la danse que de la tapisserie textile.  Ce tapis porte d’ailleurs le même nom que l’une de ses chorégraphies.

Commissariat :  Pascale Samuel avec Dorota Sniezek

Rédaction : Annick C. , avril 2026